Biographie de Charles Nègre
9 mai 1820, Grasse — 16 janvier 1880, Grasse
Formation et peinture
Charles Nègre est né le 9 mai 1820 à Grasse. Ses parents tenaient une confiserie renommée. Il se destine à la peinture et part à Paris en 1839 pour intégrer l'École des Beaux-Arts dans l'atelier du peintre Paul Delaroche. Il étudie également sous la direction de Michel-Martin Drolling puis de Jean-Auguste Dominique Ingres. Il participe régulièrement aux Salons et remporte des médailles.
Sa peinture est éclectique, influencée par le néoclassicisme et le romantisme : sujets mythologiques, bibliques et historiques, nus, paysages méditerranéens et portraits. Toute sa vie, il tient à garder le titre de peintre.
La découverte de la photographie
Nègre est attiré par la photographie à partir des années 1840. Lorsqu'il découvre la technique en 1844, il écrit : « J'ai pris la résolution d'y consacrer mon temps et mes forces. » Il commence par utiliser ce nouveau procédé comme un outil de travail pour parfaire ses peintures, mais la photographie prend une place de plus en plus importante dans sa création artistique.
Charles Nègre appartient à cette génération d'artistes nés autour de 1820 — ses amis Henri Le Secq, Gustave Le Gray et Édouard-Denis Baldus — qui trouvèrent avec l'avènement de la photographie un nouveau moyen d'expression. Il est à la fois l'un des pionniers de la technique naissante du tirage sur papier et l'un des maîtres d'une esthétique nouvelle.
Les années parisiennes
De 1851 à 1854, il photographie dans la cour de sa maison (21, quai Bourbon) et sur les berges de la Seine ses proches et des petits métiers parisiens : chiffonniers, ramoneurs, tailleurs de pierre, couvreurs, joueurs d'orgue. La série des Ramoneurs en marche (1851–1852) fut saluée par la critique.
Il reçoit ensuite des commandes gouvernementales : la cathédrale de Chartres (1854–1857), des reproductions d'œuvres d'art du Louvre (1858), et les bâtiments de l'asile impérial de Vincennes. Passionné de technique, il s'intéresse à l'héliogravure et développe un procédé permettant la reproduction en série de photographies — une contribution majeure à l'histoire de l'image imprimée.
Nice, 1863–1880
À partir de la fin 1861, sa santé déclinant, Charles Nègre prépare son retour dans sa région natale. Il s'installe définitivement à Nice en 1863, où il obtient un poste de professeur de dessin au Lycée Impérial qu'il occupera jusqu'en 1878. Il ouvre un atelier au 3, rue Chauvain.
Il vit au plus près le rattachement du comté de Nice à la France (1860). Avec un souci de documentation systématique, il photographie les paysages, les habitants et les transformations que connaît la ville. De cette période niçoise on connaît près de 150 photographies.
Quarante de ces tirages, réalisés entre 1863 et 1865, font partie de la collection du Théâtre de la Photographie et de l'Image, cédés par Joseph Nègre, petit-neveu de l'artiste. Ils constituent un témoignage exceptionnel du passé niçois.
Charles Nègre s'éteint à Grasse le 16 janvier 1880, dans l'oubli. Il sera redécouvert en 1936, lors des grandes expositions rétrospectives à Paris et New York. Depuis, son œuvre a fait l'objet de nombreuses expositions internationales et sa photographie Le Stryge est entrée au Musée d'Orsay.
« Charles Nègre s'est attaché à saisir les témoignages de deux univers opposés sans jamais privilégier l'un plus que l'autre : celui luxueux et oisif des aristocrates et hivernants étrangers, celui ancestral et laborieux des ouvriers, bugadières, paysans et pêcheurs. »